« Les femmes ne sont pas le problème, elles sont la solution. »

« En Chine, un proverbe dit que les femmes portent la moitié du ciel.

Mais ça n’est pas la réalité. Dans une grande partie du monde, les femmes et les filles sont victimes de trafic humain, de viols de masse, et pire encore.

Leur tendre la main, voilà quelle est la meilleure arme contre la pauvreté et l’extrémisme. Les femmes ne sont pas le problème, elles sont la solution. »

Texte et voix de Nicholas Kristof, photos de Katy Grannan.

Retrouvez Saima Muhammed, Goretti Nyabenda, Claudine Mukakarisa et Edna Adan dans les pages de La Moitié du ciel.

Création de l’ONU-Femmes

Vendredi 2 juillet, l’assemblée générale de l’ONU a adopté à l’unanimité la création de l’ONU-Femmes, une structure exclusivement dédiée à la condition des femmes dans le monde. D’après Ban KiMoon, secrétaire général, ONU Femmes « stimulera efficacement les efforts de l’ONU pour promouvoir l’égalité des sexes, donner aux femmes davantage de chances dans la vie et s’attaquer aux discriminations à travers le monde ».

Fruit de longues négociations entre les Etats membres et des associations de défense de la cause des femmes, elle rassemblera quatre structures dédiées à la promotion des droits des femmes : la Division pour l’avancement des femmes (DAW), fondée en 1946, l’Institut international de recherche et de formation pour l’avancement des femmes (Instraw, 1976), le Fonds de développement des Nations unies pour les femmes (Unifem, 1976) et le Bureau du conseiller spécial pour les questions de genre et l’avancement des femmes (Osagi, 1997). Elle sera opérationnelle en janvier 2011.

Voir l’article du Monde et de Radio ONU

Manon Loizeau sur France Inter

Jeudi 17 juin, Manon Loizeau, reporter et préfacière de La Moitié du ciel, était l’invitée de Patricia Martin, sur France Inter, de 5h à 6h30.

Le site de l’émission

Retrouvez La Moitié du ciel sur Radio Africa…

… dans « Les matins d’Eugénie« , en compagnie de Seydou Niang, de l’ONG Tostan.

Harper Mc Connell, du Minesotta à Goma

Partie au Congo dans le cadre de ses études, Harper n’en est jamais véritablement revenue. Après avoir travaillé pour l’hôpital Heal Africa, elle est aujourd’hui coordinatrice pour l’Eastern Congo Initiative, une organisation lancée il y a un mois par l’acteur et réalisateur Ben Affleck.

Harper avec deux membres d'une association de veuves congolaises, Amavesa. ©Harper Mc Connell

C’était il y a quatre ans. À peine âgée de 23 ans, Harper s’envolait pour Goma. Point de chute : l’hôpital dirigé par l’association Heal Africa, au cœur du conflit qui déchire la République Démocratique du Congo. Un « sanctuaire de dignité», d’après Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn. La jeune étudiante du Minesotta pensait partir quelques semaines. Aujourd’hui, le Congo est sa « deuxième maison ». Et si elle a bel et bien bougé, ce n’est que de quelques centaines de mètres : elle coordonne désormais les actions de l’Eastern Congo Initiative, une très récente organisation fondée par l’acteur et producteur Ben Affleck. Son ambition : soutenir les organismes locaux et venir en aide aux anciens enfants soldats et aux victimes de violences sexuelles. Harper, qui parle couramment le swahili, a transplanté quelques-unes de ses racines dans la terre de Goma : « C’est très difficile d’imaginer qu’un jour, je quitterai le Congo. »

Au sein de Heal Africa, Harper a créé le programme Healing Arts. Il propose aux femmes en attente de soins (majoritairement d’opérations de fistules) de se former à l’artisanat. En apprenant à coudre, à tresser des paniers, à fabriquer des savons ou du pain, elles acquièrent un savoir-faire qui leur permettra de subvenir à leurs besoins, une fois sorties de l’hôpital. « La semaine dernière, j’ai emmené un visiteur à Healing Arts, raconte-t-elle. Je n’étais pas allée dans le centre depuis plusieurs mois, et nous étions dimanche. Mais l’une des mères des patients nous a ouvert la porte, a très clairement expliqué au visiteur ce qu’était l’association, quel était son objectif, et elle lui a même vendu quelques objets. Je n’ai pas pipé mot ; pourtant, elle n’est pas véritablement membre du programme. Ces moments-là sont inoubliables. »

En août 2009, Harper, qui parle swahili, accompagne Hillary Clinton lors de sa visite à Goma. © Harper Mac Connell

« La clé, pour convaincre les gens d’agir, conclut-elle, c’est de ne pas faire du mouvement en faveur des femmes un mouvement qui pointe du doigt les méchants hommes oppressant les pauvres femmes. Au contraire, c’est un mouvement rassembleur, qui réclame l’égalité parce qu’elle est bénéfique à tous : aux femmes, aux filles, aux familles entières, à la communauté. »

De leur côté, les auteurs de La Moitié du ciel, qui consacrent un chapitre à Harper et à Heal Africa, déplorent le système scolaire américain qui envoie ses étudiants à Oxford, Florence ou Rome. Jamais dans des pays en voie de développement. «Pour s’attaquer efficacement à un problème, écrivent-ils, il faut d’abord le comprendre. Et il est impossible de comprendre une question en se contentant de lire des livres. Il faut voir la réalité par soi-même, et même y être directement confronté. »

L’hôpital Heal Africa accueille régulièrement des volontaires.

Retrouvez Harper dans le chapitre 5 de La Moitié du ciel.

Nous vous indiquons aussi Témoins du dedans, un webdocumentaire réalisé par cinq jeunes Congolais sur la guerre qui déchire l’est du Congo. http://www.lemonde.fr/international/visuel/2010/05/12/temoins-du-dedans-la-crise-au-congo-racontee-par-les-congolais_1347272_3210.html

Le blog de Harper

Site de Heal Africa

Voir la vidéo de présentation de l’Eastern Initiative Congo (en anglais)

Site de l’Eastern Initiative Congo

Cent millions de femmes manquantes

« Je ne voulais pas tuer ma fille. Mais mes voisins sont venus, et m’ont dit : “Tu as trois filles, il faut en tuer une. Tu as assez de deux filles. Comment tu vas les nourrir, les marier ? Une fille, ça ne sert à rien.” Ma famille disait la même chose. Mais moi je n’arrivais pas à la tuer. Elle était très belle, presque trop. Elle devait être faite pour mourir. Elle est née à la maison, à quatre heures du matin. Les voisins m’ont dit : on va la tuer avec du jus de tabac. Ils ont préparé la mixture avec du tabac écrasé. Moi je ne voulais pas le faire. En priant Dieu le matin, je lui ai donné une cuillère de jus de tabac. J’étais très triste. Je me suis allongée à côté d’elle. Je n’arrivais pas à la regarder. Mais l’enfant n’est pas morte tout de suite, elle n’est morte que le soir. Je n’ai pas supporté. J’ai dit à ma mère : “ Il faut la sauver, lui donner du jus de sucre pour la réveiller. ” Ma mère lui en a donné, mais c’était trop tard. Ma petite fille est morte. Ma mère l’a enterrée dans le jardin, derrière notre maison. Moi, je ne pouvais pas. J’ai planté un arbre et des fleurs à cet endroit. Ma petite fille aurait dix ans aujourd’hui. Je n’arrive pas à l’oublier. C’est impossible. Je ne peux pas l’oublier. »

Ces mots, recueillis par Manon Loizeau dans son très beau documentaire, «La Malédiction de naître fille», sont ceux d’Indrani, une Indienne de l’État du Tamil Nadu. En Inde, au Pakistan et en Chine, nous rappelle la journaliste et préfacière de La Moitié du ciel, naître fille est une malédiction – « aujourd’hui, presque un miracle ». Lire la suite

L’interview de Sheryl WuDunn et Nicholas Kristof parue dans Libération…

… est en ligne.

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