Sandra, première mécanicienne du Nigeria

À Lagos, la Lady Mechanic Initiative forme les femmes au métier de garagiste. Un exemple réussi d’entrepreneuriat social, soutenu par l’association Ashoka.

©Lady Mechanic Initiative

Depuis toute petite, Sandra Aguebor sait que, dans la vie, elle réparera des voitures. « J’ai rêvé que Dieu me disait : “Sandra, je veux que tu sois mécanicienne.” Je lui ai dit que je ne pouvais pas, mais il a répondu : “Tu peux.” » J’ai parlé à mon père de mon rêve. Il m’a dit : “Retourne te coucher. Ce n’est pas un rêve, c’est un cauchemar [1].” »

Dans son Nigeria natal, les voitures sont une affaire d’hommes. Impossible d’imaginer se faire une place sous les capots. Pourtant, à quatorze ans, diplôme en poche, elle installe une toile tendue sur des piquets de bois au bord des routes bondées de Lagos, prête à dépanner les automobilistes infortunés. Quand le moteur ne répond plus, peu importe que le mécano soit une femme ; tant que la voiture redémarre… À force de volonté, la jeune fille a bientôt de quoi ouvrir un garage en bonne et due forme.

©Lady Mechanic Initiative

Mais Sandra ne se satisfait pas du statut de première mécanicienne du pays ; elle compte bien en faire profiter les femmes qui peuplent les rues de la plus grande ville nigériane. Si elle a pu le faire, se dit-elle, d’autres le peuvent.

Au lieu de recruter des confrères masculins, elle se tourne ainsi vers les très nombreuses femmes précaires de sa ville. Orphelines et filles des rues, réfugiées, veuves, anciennes prisonnières, prostituées, les candidates ne manquent pas. Sandra leur propose une formation de trois ans au sein de son association, la Lady Mechanic Initiative, moyennant rétribution. La  première année est consacrée aux rudiments du métier ; la deuxième aux stages dans des grands groupes partenaires de l’association, tels Peugeot ou Coscharis Motors. La dernière année leur donne les clés pour trouver un emploi ou créer leur propre garage. À la fin de leur apprentissage, elles cèdent la place à d’autres apprenties.

Les participantes en sortent bien sûr avec un métier et de sérieux atouts pour leur réinsertion ; mais aussi avec une santé plus solide et une bien meilleure estime d’elles-mêmes. Des gains dont bénéficie, directement ou indirectement, tout leur entourage.

Aujourd’hui, ce sont une dizaine de « Pay & Train Centres » qui essaiment la ville. En ce moment même, 75 élèves s’y exercent, en salopette, aux joies de la mécanique automobile. Objectif avoué de Sandra Aguebor : étendre son programme à toute l’Afrique et parvenir à quelque 36 000 mécaniciennes formées. À la clé, peut-être, la chance de voir un jour ses anciennes apprenties former une nouvelle génération de « Ladies Mechanics ».

Site de la Lady Mechanic Initiative

Un documentaire de 2005 sur la Lady Mechanic Initiative (en anglais)


[1] Entretien donné à la BBC : http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/4735389.stm

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