Le microcrédit : pas de charité pour la pauvreté

Apparu dans les années 1970, le microcrédit est aujourd’hui omniprésent. Le principe : favoriser l’autonomisation – l’« empowerment » – et rompre avec les effets pervers de l’assistanat.

Saima Muhammed devant sa nouvelle maison, à Lahore. ©Nicholas Kristof

« Si mon mari se met à me battre, je le menace de ne pas demander de nouveau prêt l’année suivante. Il s’assoit tout de suite et reste tranquille », assure Zohra Bibi, une Pakistanaise interrogée par Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn. La jeune Saima pourrait tenir les mêmes propos. Du jour où elle a emprunté 65 dollars à une entreprise de microcrédit et monté son petit commerce de broderies, son mari et sa belle-mère ont cessé de la battre. « Depuis qu’elle met un toit sur nos têtes et à manger sur la table, c’est une belle-fille exemplaire », affirme la marâtre, avant d’ajouter :  « Si une femme gagne plus que son mari, il peut difficilement la discipliner. »

Rendre aux pauvres la lutte contre la pauvreté en leur permettant de s’autofinancer : tel est le credo du microcrédit. Né dans les années 1970 dans l’esprit de Mohammed Yunus, fondateur de la Grameen Bank, le microcrédit se propose de prêter à ceux n’ont aucun accès au crédit bancaire classique. Contraints de se tourner vers les usuriers de village, qui pratiquent des taux indécents (jusqu’à 20 % par mois), ou vers les propriétaires terriens, les plus pauvres sont alors dans l’impossibilité de faire évoluer leur situation. Le système illustre à la lettre l’expression selon laquelle on ne prête qu’aux riches.

Plus de trente ans après son invention, le microcrédit est devenu la star des politiques de développement. D’après la Banque mondiale, il concerne 160 millions de clients dans les pays en voie de développement. Pratique à la fois sociale et commerciale, la microfinance se revendique comme un système « gagnant-gagnant », bénéfique pour le prêteur – les intérêts sont très élevés (de 20 à 100 % par an) et les emprunteurs remboursent presque systématiquement leurs prêts – comme pour l’emprunteur, qui dispose enfin de quoi monter sa petite entreprise et subvenir à ses besoins par ses propres moyens.

Le principe est simple : on octroie des micro-prêts, souvent entre 100 et 1000 dollars, aux plus pauvres, qui sont souvent à leur compte et à la merci du moindre imprévu. Pas question de ne pas honorer sa dette : chaque semaine, des réunions sont organisées, lors desquelles chacun rembourse une partie du capital et des intérêts. La somme de départ est supposée enclencher un cercle vertueux – économique, social et psychologique.

Les femmes qui y recourent – elles représentent 97 % des clients de la Grameen Bank, et plus de 80 % du microcrédit, en général – s’approprient de précieux outils d’émancipation au sein même du foyer. Nombreux sont ainsi ceux qui voient dans la microfinance un outil exemplaire pour l’empowerment des femmes, un terme souvent traduit par autonomisation, mais qui contient aussi l’idée de responsabilisation, de l’appropriation d’un pouvoir, et, en arrière-plan, du développement de l’estime de soi. Par ailleurs, les femmes se montrant plus impliquées dans l’éducation des enfants et la santé de la famille, l’argent acquis profiterait à toute la famille. Des vertus secondaires : comme l’écrivent les auteurs de Half the Sky, « si les microprêts sont presque toujours accordés aux femmes plutôt qu’aux hommes, c’est parce qu’elles sont les premières victimes de la pauvreté. »

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