Ann Cotton, fondatrice de la Camfed : « Éduquer les filles, c’est combattre la pauvreté. »

Le manque d’éducation des filles n’est pas un problème culturel, mais économique, ne cesse de rappeler Ann Cotton, fondatrice de la Camfed. Il suffit bien souvent d’un stylo ou d’une paire de chaussures pour qu’une fille reste scolarisée, et que s’engage le cercle vertueux de l’instruction.

© Camfed

Ann Cotton est une Galloise à la voix douce mais au verbe haut. Suffisamment, en tout cas, pour porter sa cause, à une époque où l’éducation des filles compte parmi les dernières urgences des projets de développement.  Nous sommes alors en 1990. Mère de plusieurs enfants, Ann vient de reprendre ses études. Son cursus, spécialisé dans les droits de l’homme, la conduit à passer trois semaines au Zimbabwe pour étudier les mécanismes qui mènent à la très faible scolarisation des filles. Ces mécanismes sont culturels, elle en est persuadée : c’est armée de certitudes qu’elle grimpe dans l’avion.  Les parents préfèrent que leurs filles travaillent aux champs ou se marient tôt, voilà tout.

Sur place, accompagnée d’un traducteur, elle parcourt la campagne pour rencontrer les parents, les instituteurs, les chefs de villages. Partout, à sa grande surprise, lemême désir explicite que les filles soient éduquées. Le problème, lui dit-on, c’est la pauvreté, pas les traditions. « Ceux qui récoltent le plus de citrouilles n’ont pas de marmites pour les cuisiner », a-t-on coutume de dire au Zimbabwe. Un adage qui résonne cruellement, quand les familles ne peuvent pas payer livres, habits et frais de scolarité à tous leurs enfants. Et, puisqu’il faut priver quelqu’un d’école, ce sera bien sûr une fille. Aussi douée soit-elle. Un garçon a tout simplement bien plus de chance de réussir à trouver un travail rémunéré après.

Ann Cotton abandonne ses préjugés.

De retour en Angleterre, elle s’installe dans sa cuisine et y prépare opiniâtrement des monceaux de cakes et de sandwichs, destinés à être vendus au marché du coin. De quoi, espère-t-elle, financer l’éducation de quelques-unes des filles qu’elle a rencontrées. De fait, ce sont trente-deux d’entre elles, la première année, qui pourront être soutenues grâce aux 2000 $ de recettes.

Deux ans plus tard, Ann fonde la Camfed.

Aujourd’hui, ce sont quatre cent mille filles qui bénéficient des programmes de l’association. Quatre cent mille personnes qui, parce qu’elles sont éduquées, ont trois fois moins de risques d’être un jour malade du sida. Leurs revenus augmenteront de 25 %, et leur famille sera en meilleure santé. Leurs enfants, notamment, auront 40 % de chances supplémentaires de vivre au-delà de cinq ans.

Au cœur de l’action de l’association, le soutien financier pour les écolières : un fonds est rassemblé pour chacune des 2823 écoles partenaires. Il sert à acheter une paire de chaussures, un stylo, des livres de classe, autant de détails concrets qui font qu’une fille n’abandonnera pas. Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn rappellent, dans les pages de La Moitié du ciel, que, d’après une étude sud-africaine, fournir à une fille un uniforme à 6 dollars tous les dix-huit mois est plus efficace, pour éduquer les filles, que de construire une école. Et puisque les collèges sont souvent loin des villages, la Camfed prend également en charge les frais de déplacement et d’hébergement, ainsi que les brosses à dents, serviettes et autres détails pratiques et absurdes qui s’interposent sur la route l’enseignement secondaire. Une aide toujours vécue comme une bénédiction par les concernées. Ann raconte qu’une petite Barbara lui a récemment confié : « Quand j’ai su que j’allais pouvoir aller à l’école, la loi de la gravité a dû être jalouse : j’ai fait de tels bonds que j’ai failli toucher les nuages. »

Et quand elles sortent du collège ? Le plus souvent, elles ont le choix entre se marier ou partir loin, trouver du travail. C’est la raison pour laquelle, depuis 2000, la Camfed a également développé une activité de microcrédit et de formation à l’entrepreneuriat, entièrement menée, sur place, par des femmes.

« La pauvreté se transmet de générations en générations », plaide Ann. « Imaginez simplement que chaque être humain, dans le monde, soit né d’une mère éduquée, confiante dans la façon dont elle élève ses enfants [1]. »

« Si vous trouvez que l’instruction coûte cher, essayez donc l’ignorance »: Ann Cotton fait très certainement sien le mot de Derek Bok, ancien président de Harvard.

Retrouvez Ann dans le chapitre « Ann et Angeline » de La Moitié du ciel.

Le Site de la Camfed (américain)


[1]. Interview donnée à Global X. http://ow.ly/1eNTh

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s