Archives de Catégorie: Engagements

Création de l’ONU-Femmes

Vendredi 2 juillet, l’assemblée générale de l’ONU a adopté à l’unanimité la création de l’ONU-Femmes, une structure exclusivement dédiée à la condition des femmes dans le monde. D’après Ban KiMoon, secrétaire général, ONU Femmes « stimulera efficacement les efforts de l’ONU pour promouvoir l’égalité des sexes, donner aux femmes davantage de chances dans la vie et s’attaquer aux discriminations à travers le monde ».

Fruit de longues négociations entre les Etats membres et des associations de défense de la cause des femmes, elle rassemblera quatre structures dédiées à la promotion des droits des femmes : la Division pour l’avancement des femmes (DAW), fondée en 1946, l’Institut international de recherche et de formation pour l’avancement des femmes (Instraw, 1976), le Fonds de développement des Nations unies pour les femmes (Unifem, 1976) et le Bureau du conseiller spécial pour les questions de genre et l’avancement des femmes (Osagi, 1997). Elle sera opérationnelle en janvier 2011.

Voir l’article du Monde et de Radio ONU

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Harper Mc Connell, du Minesotta à Goma

Partie au Congo dans le cadre de ses études, Harper n’en est jamais véritablement revenue. Après avoir travaillé pour l’hôpital Heal Africa, elle est aujourd’hui coordinatrice pour l’Eastern Congo Initiative, une organisation lancée il y a un mois par l’acteur et réalisateur Ben Affleck.

Harper avec deux membres d'une association de veuves congolaises, Amavesa. ©Harper Mc Connell

C’était il y a quatre ans. À peine âgée de 23 ans, Harper s’envolait pour Goma. Point de chute : l’hôpital dirigé par l’association Heal Africa, au cœur du conflit qui déchire la République Démocratique du Congo. Un « sanctuaire de dignité», d’après Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn. La jeune étudiante du Minesotta pensait partir quelques semaines. Aujourd’hui, le Congo est sa « deuxième maison ». Et si elle a bel et bien bougé, ce n’est que de quelques centaines de mètres : elle coordonne désormais les actions de l’Eastern Congo Initiative, une très récente organisation fondée par l’acteur et producteur Ben Affleck. Son ambition : soutenir les organismes locaux et venir en aide aux anciens enfants soldats et aux victimes de violences sexuelles. Harper, qui parle couramment le swahili, a transplanté quelques-unes de ses racines dans la terre de Goma : « C’est très difficile d’imaginer qu’un jour, je quitterai le Congo. »

Au sein de Heal Africa, Harper a créé le programme Healing Arts. Il propose aux femmes en attente de soins (majoritairement d’opérations de fistules) de se former à l’artisanat. En apprenant à coudre, à tresser des paniers, à fabriquer des savons ou du pain, elles acquièrent un savoir-faire qui leur permettra de subvenir à leurs besoins, une fois sorties de l’hôpital. « La semaine dernière, j’ai emmené un visiteur à Healing Arts, raconte-t-elle. Je n’étais pas allée dans le centre depuis plusieurs mois, et nous étions dimanche. Mais l’une des mères des patients nous a ouvert la porte, a très clairement expliqué au visiteur ce qu’était l’association, quel était son objectif, et elle lui a même vendu quelques objets. Je n’ai pas pipé mot ; pourtant, elle n’est pas véritablement membre du programme. Ces moments-là sont inoubliables. »

En août 2009, Harper, qui parle swahili, accompagne Hillary Clinton lors de sa visite à Goma. © Harper Mac Connell

« La clé, pour convaincre les gens d’agir, conclut-elle, c’est de ne pas faire du mouvement en faveur des femmes un mouvement qui pointe du doigt les méchants hommes oppressant les pauvres femmes. Au contraire, c’est un mouvement rassembleur, qui réclame l’égalité parce qu’elle est bénéfique à tous : aux femmes, aux filles, aux familles entières, à la communauté. »

De leur côté, les auteurs de La Moitié du ciel, qui consacrent un chapitre à Harper et à Heal Africa, déplorent le système scolaire américain qui envoie ses étudiants à Oxford, Florence ou Rome. Jamais dans des pays en voie de développement. «Pour s’attaquer efficacement à un problème, écrivent-ils, il faut d’abord le comprendre. Et il est impossible de comprendre une question en se contentant de lire des livres. Il faut voir la réalité par soi-même, et même y être directement confronté. »

L’hôpital Heal Africa accueille régulièrement des volontaires.

Retrouvez Harper dans le chapitre 5 de La Moitié du ciel.

Nous vous indiquons aussi Témoins du dedans, un webdocumentaire réalisé par cinq jeunes Congolais sur la guerre qui déchire l’est du Congo. http://www.lemonde.fr/international/visuel/2010/05/12/temoins-du-dedans-la-crise-au-congo-racontee-par-les-congolais_1347272_3210.html

Le blog de Harper

Site de Heal Africa

Voir la vidéo de présentation de l’Eastern Initiative Congo (en anglais)

Site de l’Eastern Initiative Congo

« Les femmes ne sont pas le problème, elles sont la solution. »

« En Chine, un proverbe dit que les femmes portent la moitié du ciel.

Mais ça n’est pas la réalité. Dans une grande partie du monde, les femmes et les filles sont victimes de trafic humain, de viols de masse, et pire encore.

Leur tendre la main, voilà quelle est la meilleure arme contre la pauvreté et l’extrémisme. Les femmes ne sont pas le problème, elles sont la solution. »

Texte et voix de Nicholas Kristof, photos de Katy Grannan.

Retrouvez Saima Muhammed, Goretti Nyabenda, Claudine Mukakarisa et Edna Adan dans les pages de La Moitié du ciel.

Ann Cotton, fondatrice de la Camfed : « Éduquer les filles, c’est combattre la pauvreté. »

Le manque d’éducation des filles n’est pas un problème culturel, mais économique, ne cesse de rappeler Ann Cotton, fondatrice de la Camfed. Il suffit bien souvent d’un stylo ou d’une paire de chaussures pour qu’une fille reste scolarisée, et que s’engage le cercle vertueux de l’instruction.

© Camfed

Ann Cotton est une Galloise à la voix douce mais au verbe haut. Suffisamment, en tout cas, pour porter sa cause, à une époque où l’éducation des filles compte parmi les dernières urgences des projets de développement.  Nous sommes alors en 1990. Mère de plusieurs enfants, Ann vient de reprendre ses études. Son cursus, spécialisé dans les droits de l’homme, la conduit à passer trois semaines au Zimbabwe pour étudier les mécanismes qui mènent à la très faible scolarisation des filles. Ces mécanismes sont culturels, elle en est persuadée : c’est armée de certitudes qu’elle grimpe dans l’avion.  Les parents préfèrent que leurs filles travaillent aux champs ou se marient tôt, voilà tout.

Sur place, accompagnée d’un traducteur, elle parcourt la campagne pour rencontrer les parents, les instituteurs, les chefs de villages. Partout, à sa grande surprise, lemême désir explicite que les filles soient éduquées. Le problème, lui dit-on, c’est la pauvreté, pas les traditions. « Ceux qui récoltent le plus de citrouilles n’ont pas de marmites pour les cuisiner », a-t-on coutume de dire au Zimbabwe. Un adage qui résonne cruellement, quand les familles ne peuvent pas payer livres, habits et frais de scolarité à tous leurs enfants. Et, puisqu’il faut priver quelqu’un d’école, ce sera bien sûr une fille. Aussi douée soit-elle. Un garçon a tout simplement bien plus de chance de réussir à trouver un travail rémunéré après.

Ann Cotton abandonne ses préjugés.

De retour en Angleterre, elle s’installe dans sa cuisine et y prépare opiniâtrement des monceaux de cakes et de sandwichs, destinés à être vendus au marché du coin. De quoi, espère-t-elle, financer l’éducation de quelques-unes des filles qu’elle a rencontrées. De fait, ce sont trente-deux d’entre elles, la première année, qui pourront être soutenues grâce aux 2000 $ de recettes.

Deux ans plus tard, Ann fonde la Camfed.

Aujourd’hui, ce sont quatre cent mille filles qui bénéficient des programmes de l’association. Quatre cent mille personnes qui, parce qu’elles sont éduquées, ont trois fois moins de risques d’être un jour malade du sida. Leurs revenus augmenteront de 25 %, et leur famille sera en meilleure santé. Leurs enfants, notamment, auront 40 % de chances supplémentaires de vivre au-delà de cinq ans.

Au cœur de l’action de l’association, le soutien financier pour les écolières : un fonds est rassemblé pour chacune des 2823 écoles partenaires. Il sert à acheter une paire de chaussures, un stylo, des livres de classe, autant de détails concrets qui font qu’une fille n’abandonnera pas. Nicholas Kristof et Sheryl WuDunn rappellent, dans les pages de La Moitié du ciel, que, d’après une étude sud-africaine, fournir à une fille un uniforme à 6 dollars tous les dix-huit mois est plus efficace, pour éduquer les filles, que de construire une école. Et puisque les collèges sont souvent loin des villages, la Camfed prend également en charge les frais de déplacement et d’hébergement, ainsi que les brosses à dents, serviettes et autres détails pratiques et absurdes qui s’interposent sur la route l’enseignement secondaire. Une aide toujours vécue comme une bénédiction par les concernées. Ann raconte qu’une petite Barbara lui a récemment confié : « Quand j’ai su que j’allais pouvoir aller à l’école, la loi de la gravité a dû être jalouse : j’ai fait de tels bonds que j’ai failli toucher les nuages. »

Et quand elles sortent du collège ? Le plus souvent, elles ont le choix entre se marier ou partir loin, trouver du travail. C’est la raison pour laquelle, depuis 2000, la Camfed a également développé une activité de microcrédit et de formation à l’entrepreneuriat, entièrement menée, sur place, par des femmes.

« La pauvreté se transmet de générations en générations », plaide Ann. « Imaginez simplement que chaque être humain, dans le monde, soit né d’une mère éduquée, confiante dans la façon dont elle élève ses enfants [1]. »

« Si vous trouvez que l’instruction coûte cher, essayez donc l’ignorance »: Ann Cotton fait très certainement sien le mot de Derek Bok, ancien président de Harvard.

Retrouvez Ann dans le chapitre « Ann et Angeline » de La Moitié du ciel.

Le Site de la Camfed (américain)


[1]. Interview donnée à Global X. http://ow.ly/1eNTh

Et vous, qu’est-ce que vous portez ?

Au Congo comme au Niger, témoigne Nicholas Kristof, c’est aux femmes que sont réservées les tâches les plus pénibles. Porter l’eau, le bois, sur de longues distances, sous la pluie battante ou la brûlure du soleil… Les travaux physiques, c’est leur affaire. Les hommes, eux, s’illustrent plus souvent par la dextérité avec laquelle ils boivent des bières.

Lors d’un reportage au Congo, le coauteur de La Moitié du ciel, soutenu par l’hilarité des femmes, décide de les imiter, le temps d’une vidéo.

À ses risques et périls.

Un monde de femmes : les photos des lecteurs du New York Times

Le New York Times a fait appel à ses lecteurs pour recueillir ces photos, qui illustrent l’importance de donner plus de pouvoir aux femmes.

C’est là!

Sandra, première mécanicienne du Nigeria

À Lagos, la Lady Mechanic Initiative forme les femmes au métier de garagiste. Un exemple réussi d’entrepreneuriat social, soutenu par l’association Ashoka.

©Lady Mechanic Initiative

Depuis toute petite, Sandra Aguebor sait que, dans la vie, elle réparera des voitures. « J’ai rêvé que Dieu me disait : “Sandra, je veux que tu sois mécanicienne.” Je lui ai dit que je ne pouvais pas, mais il a répondu : “Tu peux.” » J’ai parlé à mon père de mon rêve. Il m’a dit : “Retourne te coucher. Ce n’est pas un rêve, c’est un cauchemar [1].” »

Dans son Nigeria natal, les voitures sont une affaire d’hommes. Impossible d’imaginer se faire une place sous les capots. Pourtant, à quatorze ans, diplôme en poche, elle installe une toile tendue sur des piquets de bois au bord des routes bondées de Lagos, prête à dépanner les automobilistes infortunés. Quand le moteur ne répond plus, peu importe que le mécano soit une femme ; tant que la voiture redémarre… À force de volonté, la jeune fille a bientôt de quoi ouvrir un garage en bonne et due forme.

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